La longue voie d’accession au métier de taximan à Niamey
C’était il y a 10 jours. Comme toujours super à la bourre avant de partir pour Bamako, ½ h avant l’heure limite d’enregistrement des bagages à la gare routière (18h pour un départ du bus à 4h du matin !), j’étais suis enfin prête et cours pour atteindre le « goudron » et trouver vite un taxi. Ne voulant pas jouer plus avec la montre, au premier qui passe je demande s’il peut m’emmener directement à « SNTV » (la gare routière desservie par la compagnie nationale du même nom) en mettant d’entrée de jeu + 30% sur le tapis par rapport au tarif courant. Il accepte, je pense qu’il y perd si on compare au mode habituel, soit une course à 3 ou 4 au tarif normal en louvoyant dans la ville selon les destinations de chacun, … mais bon je ne le force pas, il a compris mon pb, il se rattrapera au retour.
Non contente de lui avoir monopolisé son taxi, je profite du trajet un peu long pour lui demander sa vie : d’où il vient, depuis combien de temps il est taximan etc.
Il n’est pas du tout agacé. Il m’explique même le parcours de l’apprenti-taximan : tout d’abord, il a dû « fréquenter » des taximen, voyager avec eux, leur mettre un peu d’essence dans le réservoir à l’occasion (soit dit en passant : pour tout le monde ici – sauf peut-être les quelques propriétaires de 4x4 - il est de coutume de mettre seulement 1 à 3 l de carburant quand on passe à la pompe…) Il faut passer son permis classique, puis rouler pas mal pour maîtriser la conduite locale sans trop sembler menacer la vie de ses passagers quasi-jamais attachés ; après 1 an, on peut prétendre à passer son permis de taximan. Celui-ci en poche, on obtient une licence provisoire de 3 mois, pendant laquelle a lieu une « enquête » au cours de laquelle on scrute le passé du candidat – ou du moins les traces qu’on parvient à reconstituer à coup de casier, d’entretiens avec les proches… - pour valider son intégrité a priori. Cette enquête peut parfois durer suffisamment pour qu’il faille renouveler la licence provisoire. Si les services du travail concluent à une honnêteté probable, la licence de taximan validée est valable 2 ans.
Et de façon bisannuelle, il faut tout recommencer. Qui a dit que la vie était plus simple dans un pays en développement ? (Euh c’est moi qui disais ça je crois).
Pour ce qui est de la propriété de l’engin, il n’est pas rare qu’un restaurateur heureux décide d’investir dans un véhicule, qu’il loue pour 8000 FCFA/jour à un chauffeur prestataire. Avec la hausse du prix du carburant (qui a presque doublé en 1 an et ½) et face à l’impossibilité d’augmenter les tarifs (les clients locaux ont plutôt un pouvoir d’achat qui diminue), les taximen ont tenté une protestation pour convaincre le patronat qu’il faut baisser le montant de cette location… les pourparlers s’éternisent…
Je souhaite bonne chance à mon chauffeur : on est arrivés à la gare routière, il est plus de 18h mais vu l’amas de paquets entassés, l’enregistrement est manifestement loin d’être terminé.
En route pour Bamako !
C’était il y a 10 jours. Comme toujours super à la bourre avant de partir pour Bamako, ½ h avant l’heure limite d’enregistrement des bagages à la gare routière (18h pour un départ du bus à 4h du matin !), j’étais suis enfin prête et cours pour atteindre le « goudron » et trouver vite un taxi. Ne voulant pas jouer plus avec la montre, au premier qui passe je demande s’il peut m’emmener directement à « SNTV » (la gare routière desservie par la compagnie nationale du même nom) en mettant d’entrée de jeu + 30% sur le tapis par rapport au tarif courant. Il accepte, je pense qu’il y perd si on compare au mode habituel, soit une course à 3 ou 4 au tarif normal en louvoyant dans la ville selon les destinations de chacun, … mais bon je ne le force pas, il a compris mon pb, il se rattrapera au retour.
Non contente de lui avoir monopolisé son taxi, je profite du trajet un peu long pour lui demander sa vie : d’où il vient, depuis combien de temps il est taximan etc.
Il n’est pas du tout agacé. Il m’explique même le parcours de l’apprenti-taximan : tout d’abord, il a dû « fréquenter » des taximen, voyager avec eux, leur mettre un peu d’essence dans le réservoir à l’occasion (soit dit en passant : pour tout le monde ici – sauf peut-être les quelques propriétaires de 4x4 - il est de coutume de mettre seulement 1 à 3 l de carburant quand on passe à la pompe…) Il faut passer son permis classique, puis rouler pas mal pour maîtriser la conduite locale sans trop sembler menacer la vie de ses passagers quasi-jamais attachés ; après 1 an, on peut prétendre à passer son permis de taximan. Celui-ci en poche, on obtient une licence provisoire de 3 mois, pendant laquelle a lieu une « enquête » au cours de laquelle on scrute le passé du candidat – ou du moins les traces qu’on parvient à reconstituer à coup de casier, d’entretiens avec les proches… - pour valider son intégrité a priori. Cette enquête peut parfois durer suffisamment pour qu’il faille renouveler la licence provisoire. Si les services du travail concluent à une honnêteté probable, la licence de taximan validée est valable 2 ans.
Et de façon bisannuelle, il faut tout recommencer. Qui a dit que la vie était plus simple dans un pays en développement ? (Euh c’est moi qui disais ça je crois).
Pour ce qui est de la propriété de l’engin, il n’est pas rare qu’un restaurateur heureux décide d’investir dans un véhicule, qu’il loue pour 8000 FCFA/jour à un chauffeur prestataire. Avec la hausse du prix du carburant (qui a presque doublé en 1 an et ½) et face à l’impossibilité d’augmenter les tarifs (les clients locaux ont plutôt un pouvoir d’achat qui diminue), les taximen ont tenté une protestation pour convaincre le patronat qu’il faut baisser le montant de cette location… les pourparlers s’éternisent…
Je souhaite bonne chance à mon chauffeur : on est arrivés à la gare routière, il est plus de 18h mais vu l’amas de paquets entassés, l’enregistrement est manifestement loin d’être terminé.
En route pour Bamako !

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