Une saison des pluies au Niger

Wayno, laabu, kayna beena hari : Kaydiya Niger ra (Le soleil, la terre, un peu d'eau du ciel : une saison des pluies au Niger) De passage au Niger pour quelques mois, quelques petits bouts de vie d'ici

Friday, July 21, 2006

12 juillet. Il fait nuit. Je viens de passer 2h à errer dans le marché de Bamako en plein remballage. Je voulais acheter un drap pour savoir où je dors au long de mon voyage, et je reviens avec un bazin « second » (second bain de teinture je suppose) en définitive bien trop beau pour dormir dessus, et dont j’ai âprement discuté le prix tout simplement parce que j’avais très peu d’argent avec moi (je voulais partir sans rien prendre, rien n’étant assez sommaire pour servir de drap - mais la vendeuse était bien décidée à ne pas me laisser faire, elle a dû se contenter du montant de ma bourse).

Mon sac est lourd, je traîne partout tous mes papiers et l’ordinateur. M’offrant une pause à un carrefour 200m avant l’arrivée au bercail, j’observe les vendeuses de dattes imperturbables au bord de la rue où se bouscule une foule bigarrée pour prendre d’assaut les « sotrama » (mini camions transformés en minibus par quelques bancs sommaires, qui sont ici les transports de tout le monde sachant où il va et sur quel parcours standard il a une chance de s’y faire déposer).
Un homme m’interpelle, me demande comme toujours si je veux un taxi (les transports de ceux qui ne savent pas trop comment on va où ils vont), je lui réponds non merci, je suis presque arrivée, je me repose juste un instant. Il voit que j’observe et me dit en rigolant « pour toi ça te fait tout incroyable ! » je lui dis qu’on s’habitue trop vite mais que c’est vrai, si on s’arrête et qu’on reprend son regard d’Européen, ça « fait tout incroyable »… nous nous saluons, il me dit « merci », je me demande bien de quoi, je lui dis merci aussi…

A l’arrivée je me pose sur le banc du vendeur de café-pain-mayonnaise, non pas prise d’une fringale, seulement tentée de lui acheter un Lipton que j’exècre tant d’habitude. On cause un peu, j’en profite pour faire chiffrer mon bazin par les respectables MM. So et Sissoko (respectivement de la région de Sikasso et de Kayes, très respectables fonctionnaires ministériels à la retraite, mais l’œil, le pied et l’esprit alertes croyez-moi). D’après leur évaluation, j’en conclus que j’ai acheté le tissu à son juste prix, par pure coïncidence en définitive. Ils protestent parce que je ne veux pas le faire tailler demain ici : ils n’aiment pas trop mon pantalon-polo, me voir dans une petite robe en bazin bleu leur aurait mieux convenu… en définitive j’échappe au Lipton Yellow et me vois offrir sans avoir réclamé un verre de thé de la théière traditionnelle (privilège parce que j’habite au Niger donc je dois être habituée), on disserte sur le dégradé de cultures de l’ouest du Mali jusqu’à Niamey… et je file me laver. On se retrouvera demain, aucun risque d’échapper à leur veille scrupuleuse.

En définitive je dors toujours sur mon drap universitaire sans doute pas de première fraîcheur, mais faut-il être si méticuleux lorsqu’on voit la couche de poussière dont on est recouvert dès ½ journée en ville ? et je serai bien heureuse de faire un jour tailler à Niamey un vêtement dans mon bazin malien – en signe de l’espoir de coopération entre les deux pays qui motive mon voyage ici.

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