Ma petite vie à Niamey
Entre lectures de diagnostics, de retours d’expérience et d’évaluations, synthèses, grilles d’analyses, prises de RDV, RDV et comptes-rendus de RDV, recherche de taxi ou marche sous le soleil en m’évertuant à ne pas m’engluer dans le sable boueux ni trop tremper mes sandales dans les flaques, pauses riz-niébé, brochette-piment ou pain-yaourt liquide, tentatives de connexion, mails, compta, pauses thé à la mangue, recherches doc dans la salle d’archives qui semble avoir subi à la fois un séisme et une tornade… mes journées coulent de façon un peu laborieuse – à tous les sens du terme.
Mes missions dans les régions m’enseignent toute le lexique du développement rural (CLD, CVD, mini-AEP, BC, CSI…) m’apportent des témoignages de réussites, d’ampleur de ce qu’il faudrait encore faire, d’agents locaux très investis ou au contraire inertes. Je voudrais écouter de la bouche de ces courageuses femmes des groupements ces apprentissages et cette organisation qu’elles ont réussis ; mais je n’ai pas de moto et je ne parle pas zarma pour aller en brousse, il faut se encore contenter des récits des autres.
Je savais n’avoir le temps de ne rien faire en 5 mois, je voulais au moins voir et apprendre. Je vois, je discerne les causes et les mécanismes, je ne juge pas mais je ne comprends guère. Je n’apprends pas. Je ne peux que regretter que se perpétuent (ou se développent !) des comportements destructeurs faute d’envie, de compréhension véritable, de créativité ou d’initiative ; mais méfiante à l’égard des visions impérialistes et les modèles qui balaient l’identité des gens, mais je ne saurais prétendre recommander. Les jeunes cadres nigériens (d’ONG ou des services publics, je n’en connais encore aucun qui travaille dans le secteur privé !), avec lesquels je me plais tant à discuter, déplorent aussi tout cela ; eux condamnent l’absurdité ou l’immobilisme sans complexes, ils le peuvent, c’est leur pays. De mon côté je ressens le devoir d’apporter mon concours mais la difficulté de monter moi-même un projet de zéro - même si c’est ce qu’on attend de moi ; je ne peux qu’écouter, patienter et m’enthousiasmer de quelques rencontres, m’émerveiller de jeux d’enfants pleins de fraîcheur ou d’ingéniosité, goûter quelques instants où on me fait bon accueil et partage un petit moment de vie, des espoirs ou des déceptions, soupirer face à la dureté, le manque de considération ou de respect, le fatalisme, la réticence au changement.
Mai je ne sais que faire de tout cela. Mes réflexions auraient besoin d’être nourries d’échanges approfondis ; étriquées, elles sont stériles. Je découvre à peine, je n’apprends pas.
Le jour de l’indépendance (« fête de l’arbre ») m’a offert l’occasion de planter un grenadier et un goyavier. Par mégarde on a pu me voir interviewée par la télé nationale avec mes jeunes plants en sachets – comme pour souligner avec ironie qu’en définitive, c’est encore ce que j’ai fait de mieux jusqu’ici pour ce pays. La célébrité de pacotille arrive par des voies bien inattendues.
J’attends septembre et Florent pour planter d’autres arbres, j’attends aussi sa lecture de la vie d’ici, son regard franc et acéré sur les choses et sa tendresse qui me manquent.
Entre lectures de diagnostics, de retours d’expérience et d’évaluations, synthèses, grilles d’analyses, prises de RDV, RDV et comptes-rendus de RDV, recherche de taxi ou marche sous le soleil en m’évertuant à ne pas m’engluer dans le sable boueux ni trop tremper mes sandales dans les flaques, pauses riz-niébé, brochette-piment ou pain-yaourt liquide, tentatives de connexion, mails, compta, pauses thé à la mangue, recherches doc dans la salle d’archives qui semble avoir subi à la fois un séisme et une tornade… mes journées coulent de façon un peu laborieuse – à tous les sens du terme.
Mes missions dans les régions m’enseignent toute le lexique du développement rural (CLD, CVD, mini-AEP, BC, CSI…) m’apportent des témoignages de réussites, d’ampleur de ce qu’il faudrait encore faire, d’agents locaux très investis ou au contraire inertes. Je voudrais écouter de la bouche de ces courageuses femmes des groupements ces apprentissages et cette organisation qu’elles ont réussis ; mais je n’ai pas de moto et je ne parle pas zarma pour aller en brousse, il faut se encore contenter des récits des autres.
Je savais n’avoir le temps de ne rien faire en 5 mois, je voulais au moins voir et apprendre. Je vois, je discerne les causes et les mécanismes, je ne juge pas mais je ne comprends guère. Je n’apprends pas. Je ne peux que regretter que se perpétuent (ou se développent !) des comportements destructeurs faute d’envie, de compréhension véritable, de créativité ou d’initiative ; mais méfiante à l’égard des visions impérialistes et les modèles qui balaient l’identité des gens, mais je ne saurais prétendre recommander. Les jeunes cadres nigériens (d’ONG ou des services publics, je n’en connais encore aucun qui travaille dans le secteur privé !), avec lesquels je me plais tant à discuter, déplorent aussi tout cela ; eux condamnent l’absurdité ou l’immobilisme sans complexes, ils le peuvent, c’est leur pays. De mon côté je ressens le devoir d’apporter mon concours mais la difficulté de monter moi-même un projet de zéro - même si c’est ce qu’on attend de moi ; je ne peux qu’écouter, patienter et m’enthousiasmer de quelques rencontres, m’émerveiller de jeux d’enfants pleins de fraîcheur ou d’ingéniosité, goûter quelques instants où on me fait bon accueil et partage un petit moment de vie, des espoirs ou des déceptions, soupirer face à la dureté, le manque de considération ou de respect, le fatalisme, la réticence au changement.
Mai je ne sais que faire de tout cela. Mes réflexions auraient besoin d’être nourries d’échanges approfondis ; étriquées, elles sont stériles. Je découvre à peine, je n’apprends pas.
Le jour de l’indépendance (« fête de l’arbre ») m’a offert l’occasion de planter un grenadier et un goyavier. Par mégarde on a pu me voir interviewée par la télé nationale avec mes jeunes plants en sachets – comme pour souligner avec ironie qu’en définitive, c’est encore ce que j’ai fait de mieux jusqu’ici pour ce pays. La célébrité de pacotille arrive par des voies bien inattendues.
J’attends septembre et Florent pour planter d’autres arbres, j’attends aussi sa lecture de la vie d’ici, son regard franc et acéré sur les choses et sa tendresse qui me manquent.

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