Une saison des pluies au Niger

Wayno, laabu, kayna beena hari : Kaydiya Niger ra (Le soleil, la terre, un peu d'eau du ciel : une saison des pluies au Niger) De passage au Niger pour quelques mois, quelques petits bouts de vie d'ici

Thursday, August 24, 2006

Une petite histoire :

Les pêcheurs du lac Tchad sont fiers de leur culture, et jaloux de leurs richesses – du moins celles dont ils perçoivent la valeur. Lorsque après une semaine sur le lac, la pêche a été bonne, ils se régalent avec l’argent des négociants de poisson venus du Nigéria, et couvrent leurs femmes de parures et d’or.
Le lac se retire chaque année pendant plusieurs mois. Ils se consacrent alors à leurs vaches, leurs chevaux, leurs cultures. Ils s’entraînent à la lutte traditionnelle. Et le retour des eaux est l’occasion d’une grande fête pour les pêcheurs Boudoumas. Selon la tradition, le maître griot, éminent héritier du patrimoine musical, anime alors la fête au son de son Biram. Le Boudoumas n’ont pas d’autre instrument traditionnel – ni flûte, ni gourmi, ni balafon. Le Biram est à la fois une harpe et un tambour, c’est à deux qu’on en tire toute sa substance et transporte l’assemblée.
Désormais le maître est vieux. Il ne joue plus. Son fils a refusé de prendre le relais. Il dit qu’il n’a rien à y gagner, qu’on ne vit pas bien de la musique. La municipalité ne convie plus le vieux maître aux fêtes du lac, qu’animent les nouveaux orchestres du Tchad ou des ethnies voisines de le la région. Le vieux Biram sacré est cassé. Personne ne se soucie de cette richesse qui s’éteint.

Un vieux japonais écrivait un recueil sur la musique traditionnelle africaine. Il lui manquait seulement un volet : celui sur la tradition musicale kanouri. Il vint alors à Niamey, chercher des informations au centre de musique.
Il y trouva Barka, un ancien instituteur, musicien, maître de gourmi aux talents reconnus au-delà des frontières. Ils partirent ensemble jusqu’au lac Tchad, où ils rencontrèrent le vieux maître de biram.

Barka rentre à Niamey animé d’une nouvelle flamme, il refuse cette disparition inéluctable. Il construit son rêve, parvient à fabriquer deux nouveaux birams – un pour lui, et l’autre pour assurer la transmission. La tradition est exigeante : un veau consacré doit y lasser sa peau, et seule la permission d’abattre un arbre d’une essence précise – chèrement acquise – permet constituer la caisse et le manche de l’instrument. Au contact du vieux maître, Barka devient dépositaire du talent et de tout un pan d’histoire de la région.

Il fait ensuite fabriquer deux autres birams qu’il laisse au village, en chargeant le vieux maître de transmettre son art à un ou deux jeunes au moins. Dieu seul sait s’il l’a fait.
Barka veut que se répande ce qu’il a appris. Il trouve avec peine de quoi former 7 élèves. Mais le deuxième biram a été offert à un étranger par un officiel soucieux de complaire et inconscient de la rareté précieuse de l’objet.
Alors les apprentis ont appris mais n’ont pas d’instrument ; ils se sont dispersés.


Il faut trouver l’argent pour fabriquer 5 birams pour sauvegarder la tradition. Ca n’est pas beaucoup. C’est à peine plus de 10 000 euros. Il faudra les trouver. L’UNESCO semble trop empesé, et localement personne ne se préoccupe vraiment de veiller à la préservation des éléments du patrimoine musical de cette toute petite ethnie des confins est du pays. Une boutique parisienne promouvant les cultures musicales du monde pourrait apporter son soutien. Ou encore un conservatoire. Il y aura des CDs et des vidéos à l’appui, la publicité sera bonne. A bon entendeur…


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