Une saison des pluies au Niger

Wayno, laabu, kayna beena hari : Kaydiya Niger ra (Le soleil, la terre, un peu d'eau du ciel : une saison des pluies au Niger) De passage au Niger pour quelques mois, quelques petits bouts de vie d'ici

Saturday, October 14, 2006


18 jours de partage ont pris fin hier.

Une période fugitive et longue, intense, de découvertes et de perplexité, de complicité et d’indignation, d’ouverture et de coupure du vaste monde.

Florent m’a accompagnée partout. Au bureau où je n’ai plus vraiment une place, à l’atelier de développement de technologies appropriées au monde rural, à la banque où on attend deux fois pour son retrait, à la piscine de Paula et Bernard qui nous accueillent avec tant de bienveillance, au supermarché où on achète les mangues séchées, aux services agricoles de l’Etat qui désespèrent de leur impuissance et de pouvoir compter les initiatives privées dans chaque filière sur les doigts d’une seule main, chez Karim et Hamidou où l’amitié est douce mais le chômage des jeunes ronge le quotidien, à la FAO où l’accueil est cordial et tout semble possible (sur le plan des boutiques d’intrants tout du moins), à la laiterie et dans ma chambrette spartiate en partageant le petit banc (faute d’autre siège), chez Monsieur Ba et dans les villages du bord du fleuve pour une semaine d’enquêtes de terrain,

au musée où les artisans rivalisent d’habileté pour mettre les 21 modèles de croix d’Agadez en bouches d’oreilles et où les vaches d’exposition ont les plus grosses cornes que nous avions jamais vues,


les merveilles du quartier des artisans au musée

au centre musical avec le Biram dans les bras, en balade sur un plateau rouge pelé, et dans d’autres aventures encore.
Jamais je n’avais senti mon existence, mes préoccupations, mes espoirs et mes doutes perçus aussi intimement. Une parenthèse d’exception pour illuminer une aventure solitaire…

Pour profiter du patrimoine local hors de l’enceinte du musée, nous nous sommes délectés de l’historique de villages relaté par les chefs, avons partagé une soirée au centre culturelavec de nombreux jeunes musiciens de la région, entre fête, amertume, colère et espoir ….
En gastronomes qui ne dédaignent pas la frugalité, nous avons apprécié les savoureuses brochettes de zébu (dites « bœuf », c’est juste la variante régionale) dans la cour d’un « maquis » au bord du fleuve, goûté le capitaine local en cuisine exotique (en tajen libanais au tahiné et au citron, et aux légumes façon asiatique), bu de tous les yaourts liquides qui sont légion ici, avalé à la sauvette entre deux entretiens de groupe du poisson-éléphant frit, savouré des carbonades flamandes, dégusté les pains aux raisins de la boulangerie les Lilas, dévoré les doungouris (niébé), le « riz-macas-sauce » et le concombre cuit de Bibata (Madame Ba)… pas de famine pour nous, même si Florent est peut-être reparti un peu plus léger en définitive…

La pluie est tombée au moment du départ de l’avion, probablement la dernière de la saison, alors que les nuages n’avaient plus daigné baigner le sol de Niamey depuis des semaines. Une page est tournée.

Il faut maintenant synthétiser les enquêtes, monter le projet, écrire mon mémoire.
Je reste avec mon cœur de plomb, un vide vertigineux qui prend à la gorge, et deux boîtes de thé fin pour laver tristesse et lassitude.



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