Une saison des pluies au Niger

Wayno, laabu, kayna beena hari : Kaydiya Niger ra (Le soleil, la terre, un peu d'eau du ciel : une saison des pluies au Niger) De passage au Niger pour quelques mois, quelques petits bouts de vie d'ici

Friday, September 08, 2006

J’ai quitté Niamey 2 jours pour partir à l’aventure, Monsieur Ba (un vieux botaniste agroformateur) étant disponible de façon impromptue pour une mini-formation accélérée en immersion totale chez lui en brousse avec sa femme d’Ayorou (n.b. il paraît que sa femme de Niamey fait encore mieux le riz-sauce mais ça sera pour une prochaine fois, et je ne veux pas entrer ce genre de débat).

Donc en voiture pour 180 km de bon goudron et tout de même 4 h de taxi-brousse, du fait des multiples « arrêts-1000F » (au gendarme, au douanier, au policier, au contrôleur…). Là encore une veine incroyable : mon voisin de gauche (contre lequel j’étais très très serrée mais rassurez-vous, pas plus que contre celui de droite et rien que de très banal dans un tel contexte) a grandi et vit à Ayorou, mais a fini ses études en France, travaillé pas mal pour la Cogéma, en tant qu’expert environnement et radioprotection – et le temps du voyage a filé, à mesure qu’il répondait à mes interrogations quant aux données des détecteurs personnels, la radioactivité dans la région d’Arlit, les modes de prise de décision dans ce milieu… moyennant la prudence associée à son devoir de confidentialité bien sûr, même s’il est « sorti du circuit » depuis quelques années.

Une fois au village M. Ba et son épouse m’ont très généreusement offert de partager un petit bout de leur vie. Comme toujours au Niger on n’est jamais vraiment « à l’intérieur », on partage tout l’espace avec les autres êtres vivants, et d’ailleurs on dort dehors parce que dedans hormis la sieste on ne viendrait pas même à y penser.

(La pintade en haut à droite a partiellement fini dans mon estomac au cours du séjour, mais la chèvre et le cochon d’Inde sont sains et saufs).

Des heures de discussion sur les techniques agricoles ont alterné avec les visites de terrain.

Un petit tour en moto derrière M. Ba, puis à pied et en pirogue, et…


... voilà à quoi ressemble le jardinage communautaire dans un groupement féminin bien motivé, notamment au vu des recettes l’an passé des ventes de leurs productions « de contre-saison » (légumes variés) auxquelles on les a initiées. Elles ont le cœur à l’ouvrage, et ce ne sont pas les bébés dans le dos qui affaiblissent les coups de daba !

Les premières graines de Jatropha ramassées l’an dernier ne donneront pas beaucoup d’huile, mais ce n’est que le début… et c’est surtout l’effet coupe-vent et fixateur de dune de la haie (au fond à droite) qui est recherché dans un premier temps.



Elles sont pas belles mes lunettes ? Après les salutations d’usage, celle-ci m’a si bien fait comprendre qu’elle était tentée par mes lorgnons que je me suis empressée de les lui céder quelques minutes – le temps qu’elle puisse se pavaner dans le quartier. Il n’y a pas d’âge pour être mutine…

Chez Ba, quelques causeries politiques, légendes, recettes de traitements biologiques contre les parasites locaux … Et puis il a fallu rentrer. A six par rangée dans le taxi-brousse, mais en 3h30 seulement (abrégeons les souffrances). On descendait le vélo du toit à chaque point de contrôle pour que celui qui n’avait pas de papiers puisse partir devant sans risquer de se faire arrêter (personne n’enquiquine les cyclistes, pas même les fonctionnaires du contrôle routier).

Tout le monde est arrivé gaillard à la capitale, même le vieux mouton couché sur la galerie.

J’ai promis de revenir avec Florent en chair et en os, mon « mari invisible » qui m’accompagne pourtant d'une certaine façon, et qui devrait bientôt se matérialiser dans la moiteur du Niger...

Et ce soir j’ai retrouvé Barka … le petit biram a commencé à naître… il pue avec sa peau de chameau. A suivre.

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