Une saison des pluies au Niger

Wayno, laabu, kayna beena hari : Kaydiya Niger ra (Le soleil, la terre, un peu d'eau du ciel : une saison des pluies au Niger) De passage au Niger pour quelques mois, quelques petits bouts de vie d'ici

Friday, November 24, 2006

Il est vraiment né dans la douleur !
180 pages pour tenter d’éclaircir les énigmes de l’accès à l’énergie pour les pauvres, qui, en définitive, me tracassaient depuis des années … un mémoire de « thèse pro » un peu ballonné, un peu ennuyeux, qui a néanmoins eu le mérite d’être quelque peu exorcisant.
Après des semaines d’apnée au Niger à ne guère faire que compulser, analyser, synthétiser, échafauder et rédiger du matin au milieu de la nuit, c’est finalement au Togo que la version informatique enfin finalisée a vu le jour. Le périple du document s’est achevé vendredi sur le plateau de Jouy, avec 5 exemplaires reliés grâce à Florent. Histoire d’un travail d’équipe semé d’embûches – pas forcément là où je les attendais.

En définitive, l’examen d’une bonne trentaine de retours d’expérience de projets d’accès à l’énergie, sur tous les continents, m’ont menée sans casse-tête majeur à des conclusions assez consensuelles. Le retour de terrain et les entretiens avec les professionnels de la microfinance, du développement agricole, de l’éducation… tout permettait de bâtir un mignon recueil de « leçons de l’expérience / recommandations » bien charpenté. Qui scande les sempiternels mots d’ordre : information / formation / innovation / organisation / accès aux moyens techniques et financiers…
Et puis j’ai relu Vers un monde sans pauvreté, un des livres de Yunus (pour les originaux qui ne verraient pas de qui je parle, je vous pardonne mais c’est la dernière fois, filez sur Google ou sur Wikipédia !). Où il redit l’esprit d’entreprise des pauvres, leur connaissance très fine de leurs problématiques et des solutions à mettre en œuvre pour y répondre (s'ils en avaient les moyens), leur aptitude à sortir de la pauvreté grâce au crédit, individuellement et sans besoin de formation, d’accompagnement ni de technologie, leur capacité à économiser et à prendre de justes décisions sans que la faim ni le désespoir n’en entravent la rationalité…
Et je me suis remise à douter. J’avais l’impression d’avoir vu de mes yeux le contraire. J’avais pratiquement écrit le contraire. Et je me retrouvais donc dans ce paquet des sceptiques frileux et myopes que Yunus condamne avec tant de véhémence. Je n'imagine pas remettre en cause l'analyse qu'un prix Nobel a faite des gens de son pays.

Bref, je suis parvenue à tirer des conclusions assez fermes – et aujourd’hui pourtant j’ai encore bien des doutes quant à leur validité.

Outre le fond, la forme ont aussi causé des difficultés inattendues : les délestages de 4 à 6h par jour au Togo qui rendaient délicat l’usage de l’informatique, le transfert par mail du document finalisé qui n’a jamais réussi de Lomé (finalement c’est par notre connexion déficiente de Niamey à mon retour que j’ai pu faire parvenir le fichier à Florent), et enfin l’édition… En dépit de toutes les précautions prises, Florent s’est retrouvé avec une machine du genre syndicaliste réac’ qui refusait de dépasser la cadence de 2p/min, au chevet de laquelle il a par conséquent dû passer la nuit… comme quoi les limites technologiques ne sont pas le propre de Niamey, loin s’en faut !

Toujours est-il que le bébé est né, que c’était une vraie délivrance et une page qui se tourne. Ouf.

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