(Samedi 16/09) Après les délices d’une journée consacrée à diverses babioles non intellectuellement laborieuses (depuis une grande lessive – à la main bien sûr – à une grande balade et beaucoup de bavardage avec Sylvie – on se demande si on ne va pas tenter un volontariat vraiment sur le terrain avec la DCC*, peut-être pas tout de suite mais ils prennent aussi les retraités et il n’est pas même obligatoire d’être baptisé - en passant par un petit coup de Biram et la consommation d’une grande quantité de yaourt) – je viens de passer la soirée à l’étude de la Stratégie de Réduction de la Pauvreté du Niger et des politiques et programmes agricoles qui se sont succédé depuis 40 ans.
* Délégation Catholique pour la Coopération
Lorsqu’on a lu tout ça on n’a qu’une envie : plier bagage et filer retourner à nos problèmes à nous, chez nous.
J’ai tout passé au peigne fin : c’est très bien ! Pertinent, juste, réaliste ! Tout a été dit, les meilleures idées ont été couchées sur le papier. La paupérisation des populations et la dégradation de la situation du pays ont été évaluées de façon participative et actées, les erreurs du passé reconnues et les leçons minutieusement tirées, les orientations plusieurs fois redéfinies. Les difficultés actuelles du monde rural ont été finement analysées, l’Etat a pris conscience du caractère essentiel de la « bonne gouvernance » pour le développement visé, tous les acteurs de la société ont été mobilisés pour définir les axes prioritaires d’intervention, la République du Niger et la Communauté Internationale avancent main dans la main sur la pente ardue de l’amélioration du sort des plus démunis… Les stratégies et plans d’action ont été échafaudés, les budgets ont été adoptés, des initiatives pertinentes ont été lancées.
Bref, « ils » savent ce qui cloche, ce qu’il y a à faire, certainement même comment le faire. Pour ce qui est du tiroir-caisse, il faut recourir, au choix, à la coopération bilatérale (Etats Unis, Canada, Danemark, France, Belgique, Italie, Allemagne, Japon, Pakistan, Taïwan, Chine, Arabie Saoudite…), ou à la coopération multilatérale (Banque Mondiale, Organisation Mondiale pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), Union Européenne et PNUD), à moins qu’on préfère solliciter les grandes ONG (Programme Alimentaire Mondial (PAM), UNICEF, Caritas, Croix-Rouge, Care International…) ou quelque organisation caritative à caractère religieux.
Et pourtant…
Pourtant j’ai vu des enfants malnutris. J’ai vu des filles mariées à 13 ans parce qu’elles ne vont pas à l’école de toute façon, alors… j’ai vu des femmes piler du mil à la main en rentrant du bureau, des gens vivre sans eau potable disponible à moins de 3km mais avec la moitié de la case trempée à chaque pluie, j’ai vu des tracteurs abandonnés faute de pouvoir changer une roue, et même des charrues rouillées depuis qu’on a vendu les bœufs. J’ai vu des femmes restées seules au village quand leur mari est parti en exode, des gens expropriés du jour au lendemain, les jeunes hommes désoeuvrés qui attendent allongés sous l’arbre et d’autres qui n’ont pas le temps de cultiver leur champ parce qu’il faut qu’ils louent leurs bras 2j sur 3 dans les plantations des autres….
Pourtant… tout est importé ou presque, les cultures maraîchères sont rares, le niébé est dévoré par les nuisibles, personne ne semble avoir l’idée de mettre les tomates en conserve ou de faire sécher les mangues en excès, la plupart des filières sont complètement déstructurées, charrettes et attelages restent encore trop marginaux…
Pourtant… l’IDH ne décolle pas, la situation alimentaire reste chroniquement déficitaire, le taux de scolarisation n’atteint pas 40% (je ne parle pas de ce qu’il reste des cohortes en fin de cycle…)
Alors que faire ?
Si ceux qui doivent savoir savent déjà tout (et ne font pas), qu’apporter de plus ?
J’espère au moins avoir le temps de comprendre, il ne me reste que 2 mois.










