Une saison des pluies au Niger

Wayno, laabu, kayna beena hari : Kaydiya Niger ra (Le soleil, la terre, un peu d'eau du ciel : une saison des pluies au Niger) De passage au Niger pour quelques mois, quelques petits bouts de vie d'ici

Monday, September 18, 2006

Entre vraie vie et politique

(Samedi 16/09) Après les délices d’une journée consacrée à diverses babioles non intellectuellement laborieuses (depuis une grande lessive – à la main bien sûr – à une grande balade et beaucoup de bavardage avec Sylvie – on se demande si on ne va pas tenter un volontariat vraiment sur le terrain avec la DCC*, peut-être pas tout de suite mais ils prennent aussi les retraités et il n’est pas même obligatoire d’être baptisé - en passant par un petit coup de Biram et la consommation d’une grande quantité de yaourt) – je viens de passer la soirée à l’étude de la Stratégie de Réduction de la Pauvreté du Niger et des politiques et programmes agricoles qui se sont succédé depuis 40 ans.
* Délégation Catholique pour la Coopération

Lorsqu’on a lu tout ça on n’a qu’une envie : plier bagage et filer retourner à nos problèmes à nous, chez nous.
J’ai tout passé au peigne fin : c’est très bien ! Pertinent, juste, réaliste ! Tout a été dit, les meilleures idées ont été couchées sur le papier. La paupérisation des populations et la dégradation de la situation du pays ont été évaluées de façon participative et actées, les erreurs du passé reconnues et les leçons minutieusement tirées, les orientations plusieurs fois redéfinies. Les difficultés actuelles du monde rural ont été finement analysées, l’Etat a pris conscience du caractère essentiel de la « bonne gouvernance » pour le développement visé, tous les acteurs de la société ont été mobilisés pour définir les axes prioritaires d’intervention, la République du Niger et la Communauté Internationale avancent main dans la main sur la pente ardue de l’amélioration du sort des plus démunis… Les stratégies et plans d’action ont été échafaudés, les budgets ont été adoptés, des initiatives pertinentes ont été lancées.

Bref, « ils » savent ce qui cloche, ce qu’il y a à faire, certainement même comment le faire. Pour ce qui est du tiroir-caisse, il faut recourir, au choix, à la coopération bilatérale (Etats Unis, Canada, Danemark, France, Belgique, Italie, Allemagne, Japon, Pakistan, Taïwan, Chine, Arabie Saoudite…), ou à la coopération multilatérale (Banque Mondiale, Organisation Mondiale pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), Union Européenne et PNUD), à moins qu’on préfère solliciter les grandes ONG (Programme Alimentaire Mondial (PAM), UNICEF, Caritas, Croix-Rouge, Care International…) ou quelque organisation caritative à caractère religieux.

Et pourtant…
Pourtant j’ai vu des enfants malnutris. J’ai vu des filles mariées à 13 ans parce qu’elles ne vont pas à l’école de toute façon, alors… j’ai vu des femmes piler du mil à la main en rentrant du bureau, des gens vivre sans eau potable disponible à moins de 3km mais avec la moitié de la case trempée à chaque pluie, j’ai vu des tracteurs abandonnés faute de pouvoir changer une roue, et même des charrues rouillées depuis qu’on a vendu les bœufs. J’ai vu des femmes restées seules au village quand leur mari est parti en exode, des gens expropriés du jour au lendemain, les jeunes hommes désoeuvrés qui attendent allongés sous l’arbre et d’autres qui n’ont pas le temps de cultiver leur champ parce qu’il faut qu’ils louent leurs bras 2j sur 3 dans les plantations des autres….
Pourtant… tout est importé ou presque, les cultures maraîchères sont rares, le niébé est dévoré par les nuisibles, personne ne semble avoir l’idée de mettre les tomates en conserve ou de faire sécher les mangues en excès, la plupart des filières sont complètement déstructurées, charrettes et attelages restent encore trop marginaux…
Pourtant… l’IDH ne décolle pas, la situation alimentaire reste chroniquement déficitaire, le taux de scolarisation n’atteint pas 40% (je ne parle pas de ce qu’il reste des cohortes en fin de cycle…)

Alors que faire ?
Si ceux qui doivent savoir savent déjà tout (et ne font pas), qu’apporter de plus ?
J’espère au moins avoir le temps de comprendre, il ne me reste que 2 mois.


Un petit Biram pour chanter les louanges du grand Pitti Kori

Le petit Biram est tout à fait né mercredi (13/09/06, qu’on consigne au registre !). Même un peu plus réduit que ses prédécesseurs il garde un belle envergure et un son profond. Ses cordes à peine tendues sonnent déjà avec ampleur, il a de beaux jours devant lui. Ses réglettes sont élégantes, mais il pue toujours comme un vieux chameau, combien de jours lui faudra-t-il passer à l’air pour devenir fréquentable ?
Par miracle Sylvie m’avait accompagnée au cours ce soir-là, pour découvrir le centre de formation, le Biram et Barka. C’est ainsi que nous avons pu rapporter l’instrument chez moi – ½ h d’aventure, sur la moto de nuit sur la route ensablée, avec les vélos sans éclairage et les camions qui klaxonnent, Sylvie derrière moi le Biram dans les bras.
La laiterie où j’ai trouvé une chambre à louer (ex-case de passage des membres de la coopération italienne, encore utilisée lorsqu’ils viennent soutenir la coopérative laitière – cf.
http://www.laitsain.com/institu/insti_it_unimi.html ) aura donc un locataire clandestin ; celui-ci est discret comme une guitare sèche, et malgré ses prétentions il ne saura pas outrepasser l’odeur de lait ambiante…

Sylvie devant ma fenêtre, dans l’attente de pouvoir enfin aller se laver les mains de cette puanteur.
La présence de Sylvie était une bonne occasion de prolonger le cours par une longue conversation avec Barka. Puisque le Biram se laisse docilement gratouiller pendant que l’on écoute et qu’on questionne, pourquoi s’en priver.
Par pudeur pour ce pays je ne voudrais pas retracer nos échanges – et m’en tiens à regretter sobrement que le milieu politique ici puisse visiblement se montrer aussi irresponsable, contre-productif et malhonnête dans le domaine de la culture que nous avons déjà pu le constater dans l’urbanisme, l’agriculture ou l’éducation.

Pour ne pas nous laisser dans l’amertume, Barka nous a fait don de la légende de Pitti Kori associée à la ballade du même nom, rendue célèbre au Niger par la reprise du thème pour une pièce théâtrale diffusée à la télévision.
Je préfère ne pas vous la dévoiler en version électronisée. Nous la partagerons un soir, dans la pénombre, en nous figurant au bord du lac, peut-être un son de Biram dans l’oreille. Il faudra seulement me demander de vous la conter. Ainsi la tradition sera-t-elle respectée.

Friday, September 08, 2006

J’ai quitté Niamey 2 jours pour partir à l’aventure, Monsieur Ba (un vieux botaniste agroformateur) étant disponible de façon impromptue pour une mini-formation accélérée en immersion totale chez lui en brousse avec sa femme d’Ayorou (n.b. il paraît que sa femme de Niamey fait encore mieux le riz-sauce mais ça sera pour une prochaine fois, et je ne veux pas entrer ce genre de débat).

Donc en voiture pour 180 km de bon goudron et tout de même 4 h de taxi-brousse, du fait des multiples « arrêts-1000F » (au gendarme, au douanier, au policier, au contrôleur…). Là encore une veine incroyable : mon voisin de gauche (contre lequel j’étais très très serrée mais rassurez-vous, pas plus que contre celui de droite et rien que de très banal dans un tel contexte) a grandi et vit à Ayorou, mais a fini ses études en France, travaillé pas mal pour la Cogéma, en tant qu’expert environnement et radioprotection – et le temps du voyage a filé, à mesure qu’il répondait à mes interrogations quant aux données des détecteurs personnels, la radioactivité dans la région d’Arlit, les modes de prise de décision dans ce milieu… moyennant la prudence associée à son devoir de confidentialité bien sûr, même s’il est « sorti du circuit » depuis quelques années.

Une fois au village M. Ba et son épouse m’ont très généreusement offert de partager un petit bout de leur vie. Comme toujours au Niger on n’est jamais vraiment « à l’intérieur », on partage tout l’espace avec les autres êtres vivants, et d’ailleurs on dort dehors parce que dedans hormis la sieste on ne viendrait pas même à y penser.

(La pintade en haut à droite a partiellement fini dans mon estomac au cours du séjour, mais la chèvre et le cochon d’Inde sont sains et saufs).

Des heures de discussion sur les techniques agricoles ont alterné avec les visites de terrain.

Un petit tour en moto derrière M. Ba, puis à pied et en pirogue, et…


... voilà à quoi ressemble le jardinage communautaire dans un groupement féminin bien motivé, notamment au vu des recettes l’an passé des ventes de leurs productions « de contre-saison » (légumes variés) auxquelles on les a initiées. Elles ont le cœur à l’ouvrage, et ce ne sont pas les bébés dans le dos qui affaiblissent les coups de daba !

Les premières graines de Jatropha ramassées l’an dernier ne donneront pas beaucoup d’huile, mais ce n’est que le début… et c’est surtout l’effet coupe-vent et fixateur de dune de la haie (au fond à droite) qui est recherché dans un premier temps.



Elles sont pas belles mes lunettes ? Après les salutations d’usage, celle-ci m’a si bien fait comprendre qu’elle était tentée par mes lorgnons que je me suis empressée de les lui céder quelques minutes – le temps qu’elle puisse se pavaner dans le quartier. Il n’y a pas d’âge pour être mutine…

Chez Ba, quelques causeries politiques, légendes, recettes de traitements biologiques contre les parasites locaux … Et puis il a fallu rentrer. A six par rangée dans le taxi-brousse, mais en 3h30 seulement (abrégeons les souffrances). On descendait le vélo du toit à chaque point de contrôle pour que celui qui n’avait pas de papiers puisse partir devant sans risquer de se faire arrêter (personne n’enquiquine les cyclistes, pas même les fonctionnaires du contrôle routier).

Tout le monde est arrivé gaillard à la capitale, même le vieux mouton couché sur la galerie.

J’ai promis de revenir avec Florent en chair et en os, mon « mari invisible » qui m’accompagne pourtant d'une certaine façon, et qui devrait bientôt se matérialiser dans la moiteur du Niger...

Et ce soir j’ai retrouvé Barka … le petit biram a commencé à naître… il pue avec sa peau de chameau. A suivre.

Friday, September 01, 2006



Découvrir un nouvel instrument est toujours un processus merveilleux.
A l’inverse de la technique de la guitare, la main gauche est aussi sollicitée pour pincer les cordes. La mienne peine à s’y mettre. La corde la plus aiguë est celle qui se trouve le plus près du corps du joueur. Il faut beaucoup de concentration pour quitter ces habitudes… et après une journée de travail et x km de moto cette rigueur vient parfois à faire défaut.
Mais le maître Barka est patient.
Je joue sur le biram de Barka tandis qu’il a ressorti le vieux biram de son maître du bord du lac. L’instrument sacré est désormais trop vieux, la peau est détendue, il ne sonne plus… Toutefois jouer à l’unisson est un soutien précieux.

En dépit de mes difficultés je me laisse charmer et ne ménage pas mes efforts…c’est un instrument simple mais riche, exigeant et puissant. C’était un bon choix.

Savoir qu’un nouveau petit biram va bientôt voir le jour galvanise Barka et alimente sans doute sa patience fasse à mes progrès laborieux… ce n’est que la première semaine mais il y a tant à apprendre…